Au secours! Je pense trop!

Il nous arrive à tous parfois d’être contrôlés par nos pensées, d’être focalisés sur une problématique ou emportés par une émotion intense. Mais pour les personnes sur-efficientes, qui souvent s’ignorent, il s’agit d’une constante de leur fonctionnement neuronal. Elles pensent beaucoup, très vite, en arborescence, envisage des scénarios, imaginent les possibles, et anticipent beaucoup, parfois le pire. Leur système nerveux est très actif, plus rapide que la moyenne, ce qui comporte de grands avantages, mais qui fait également souffrir surtout si on ne sait pas le gérer. Ce fonctionnement à tendance à les faire douter d’eux, du monde, et même parfois de les perdre dans des méandres cérébraux interminables. Dans l’article paru le 19.01.2015 sur l’hypersensibilité, certains de ces aspects liés à cette caractéristique, ont été mentionnés.

Les caractéristiques de la surdouance

Pour la personne sur-efficiente, surdouée, HP, ou bon nombre d’autres termes aujourd’hui utilisés, le monde est différent, ils se sentent différents, ce qui les fait parfois souffrir, particulièrement lorsqu’ils ne comprennent pas cette différence. Ils sont hypersensibles et présentent une intelligence riche et puissante, créatrice, qui s’appuie sur des bases cognitives différentes. Leur grande lucidité et une propension à se sous-estimer les empêchent de voir cette intelligence, dont voici les caractéristiques principales :

  • activation cérébrale d’une haute intensité,
  • nombre de connexions de neurones significativement élevé, des réseaux de neurones qui se déploient dans toutes les ères du cerveau,
  • un traitement des informations en arborescence avec une ramification rapide d’associations d’idées qui ont du mal à se structurer,
  • un déficit de l’inhibition latente qui oblige le système cérébral à intégrer toutes les informations en provenance de l’environnement sans tri préalable : les surdoués en ont plein la tête,
  • une impossibilité d’accéder aux stratégies utilisées lors de la résolution d’un problème car les connexions se font à grande vitesse et en deçà du seuil de la conscience,
  • une intelligence intuitive et en images qui se débrouille mal du langage, des mots et de la structure verbale

La personne surdouée

La personne surdouée aura souvent une hyperesthésie d’un ou plusieurs sens, une curiosité exacerbée ainsi qu’une grande imagination. Elle sera idéaliste, car dans ce fonctionnement le monde a le potentiel d’être de toute beauté, dans l’amour et la joie. Ces pensées pourront parfois la bercer d’illusions, et la rendre vulnérable à la manipulation. Elle aura des intérêts très variés, avec comme conséquence une possible difficulté à aller au bout des choses et à maîtriser ses pensées. Elle aura l’impression que son cerveau ne s’arrête jamais, ce qui peut se présenter également sous forme d’insomnie. Elle a la capacité de faire plusieurs choses à la fois et a un grand besoin d’être intellectuellement stimulé, ce qui lui procure énormément de plaisir. Christel Petitcollin parle d’orgasme intellectuel 😉 Alors lorsqu’une personne surdouée n’est pas stimulée, l’ennui lui donne l’impression que la vie n’a pas de sens, c’est pour elle une forme de mort.

Ayant une grande compassion, beaucoup de conscience et de lucidité, elle cherchera la compagnie des personnes plus âgées. Elle est souvent appréciée pour son grand sens de l’humour, de l’équité et de la morale. Ainsi elle respectera les règles si elles ont du sens, mais ne supportera pas l’autorité si elle manque de fondements. Elle aimera résoudre des problèmes complexes, apprendra très vite à l’image du fonctionnement de son cerveau, et se fiera à son intuition. Elle sera souvent autodidacte et précoce, et aimera lire. Elle aura tendance à être perfectionniste, et son mode de pensée la poussera parfois au doute, et à la peur de l’échec. En effet, ses émotions étant exacerbées elle vit la frustration difficilement et peut paraître cyclothymique.

Vous l’aurez compris, la différence pour ces personnes se situe non seulement au niveau de leurs schémas de croyances, mais réellement au niveau neurobiologique et psycho-émotionnel. Ils pensent beaucoup, vite et différemment, ils sont empathiques et fortement conscients, et se sentent ainsi heurtés par le monde, qu’ils trouvent souvent injuste. Ils voient loin, ils voient grands, et ne comprennent pas pourquoi les autres ne pensent pas de la même façon. Ils auront tendance à douter, à se remettre en question, à chercher des solutions pour être dans la paix et l’harmonie, pouvant allé jusqu’à une forme d’auto-destruction. Ils auront tendance à s’ennuyer et s’en voudront pour cela, se trouveront instables alors qu’ils ont simplement besoin de nouveauté, de stimulation et de créativité. Pour nourrir ce besoin de stimulation ils pourraient avoir tendance à adopter des comportements à risque et peuvent ressentir le sentiment de l’imposteur, ne comprenant pas pourquoi les idées leur viennent spontanément, si facilement et sans effort, alors qu’ils ne saisissent pas le raisonnement sous-jacent. Ils sont parfois sujet au syndrome de Cassandre, prédisent les événements sans parvenir à convaincre l’entourage, ce qui les fait beaucoup souffrir. Dans la vie relationnelle et la vie de couple, ils aiment beaucoup, parfois trop et trop vite, ils voient en chacun la lumière ce qui peut les rendre dépendant. Ceci pourra conduire à des difficultés de communication notamment dues à leurs émotions exacerbées qu’ils peinent à gérer.

Apprendre à se comprendre

La personne surdouée ne se voit pas plus intelligence. Etre surdoué ce n’est pas être plus intelligent que les autres, c’est manifester une intelligence différente et particulière, une intelligence qui s’accorde difficilement dans notre société.

“On ne peut pas se penser intelligent, quand on mesure ses propres faiblesses avec la lucidité aiguë du surdoué, qui ne lui permet aucun aveuglement.” – Arielle Adda, dans Que sont les enfants doués devenus ?

Certains thérapeutes mal renseignés pourraient identifier des pathologies du comportement là où il s’agit d’une spécificité de l’adulte HP non détecté. Ainsi, il s’agira avant tout de présenter le fonctionnement neuronal, d’apprendre à composer avec sa différence plutôt que de vouloir changer, ce qui est neurologiquement, biologiquement et émotionnellement impossible, tout en étant éthiquement non conseillé. Nous avons tous un chemin à faire pour nous accepter tel que nous sommes, en cela nous trouvons la paix. Inutile de vouloir être comme tout le monde alors que votre cerveau fonctionne différemment. Mieux vaut apprendre à déjouer les pièges et tirer parti des grandes qualités que ce fonctionnement présente.

Lorsqu’une personne HP comprendra et acceptera sa particularité, sa grande capacité de résilience lui permettra de changer rapidement son mode de pensée, et de faire des progrès rapides et réjouissants. En utilisant des techniques simples d’accueil émotionnel et de connexion au corps, elle pourra se réconcilier avec elle-même et trouver en elle la confiance dont elle a besoin pour calmer ses pensées trop présentes.