Manipulation : comment être plus fort qu’un manipulateur ?

Manipulation : pourquoi on se fait avoir et comment sortir de l’emprise

J’ai découvert le sujet de la manipulation lors de mes formations de coach. J’ai eu le sentiment de découvrir l’eau chaude.

C’était incroyable : enfin, je pouvais décoder certains comportements que j’avais surtout associés, jusque-là, à mes chefs. C’était assez logique. À l’époque, je travaillais dans une Big Pharma et ces comportements y étaient bien connus.

Tout le monde manipule, c’est normal. On est dans un environnement compétitif, on n’est pas à la maternelle ici : on sauve des vies !

Un collègue avait même l’habitude de dire :

« Dos au mur, tout ce qui saigne peut mourir. »

Le monde des Bisounours auquel j’aspirais n’était pas possible dans le milieu où j’évoluais. Les rapports de pouvoir y étaient la norme. Je ne parle pas forcément de l’autorité légitime liée à une fonction, mais du pouvoir mental : la capacité à imposer son point de vue et son autorité, coûte que coûte.

On n’avait pas du succès et des promotions simplement parce qu’on était compétents, mais parce qu’on avait su mener notre barque, décoder les rapports de force et comprendre les enjeux.

Or ces enjeux m’échappaient totalement.

Quand on se fait avoir sans comprendre pourquoi

La confusion peut être telle que l’on ne voit même pas la manipulation.

On sent que quelque chose ne va pas. On se sent bête. On a l’impression de se faire avoir en permanence sans comprendre pourquoi.

J’ai d’abord cru que ma difficulté à décoder ces rapports de pouvoir venait de l’autisme, puis de mon hypersensibilité. Mais il m’a fallu encore des années — et un coaching intensif avec mon conjoint, Ricardo — pour comprendre que j’avais été formatée depuis l’enfance.

Je ne savais pas discerner ni prendre du recul. J’avais appris à survivre, à éviter le rejet et à plaire.

Sauver, parfois.
Porter, toujours.

Une partie du problème vient de ce que l’on apprend dans une famille dysfonctionnelle.

Dans une famille dysfonctionnelle, poser une limite fait de nous le problème

Dans une famille dysfonctionnelle, il n’y a pas vraiment de limites. Si nous défendons la nôtre, nous devenons le problème.

Le problème n’est alors plus le manque de respect ou la manipulation. Le problème, c’est notre réaction. Nous devons nous expliquer, montrer que nous sommes une bonne personne, devenir encore plus gentils et tolérer davantage.

Nous finissons par tolérer le manque de respect et par excuser la manipulation.

Nous croyons que comprendre et tolérer fait de nous de bonnes personnes. Comme si nous devenions meilleurs en réussissant à tolérer l’intolérable.

Alors, nous ne posons jamais de limite.

Nous comprenons pourquoi l’autre agit ainsi. Nous lui trouvons des excuses. Nous pardonnons. Puis nous lui laissons à nouveau accès à nous.

Mais pardonner et donner accès sont deux choses différentes.

Nous pouvons pardonner sans redonner à quelqu’un l’accès à notre vie, à notre énergie ou à notre confiance. Le pardon n’efface pas la nécessité d’une limite.

Nous projetons notre propre fonctionnement sur les autres

Nous avons aussi tendance à projeter notre propre fonctionnement :

  • Je ne mens pas, donc les autres ne mentent pas non plus.
  • Je suis honnête, donc ils le sont.
  • Je ne supporte pas de voler le travail des autres, donc personne n’oserait faire cela.
  • Je dis les choses en face, donc les autres font de même.

Nous raisonnons comme si le monde était juste et équitable. Comme si les autres partageaient notre conscience, nos scrupules et nos règles.

Mais non, le monde n’est pas toujours juste et équitable. Tout le monde ne fonctionne pas comme nous.

Tant que nous projetons notre propre fonctionnement, nous pouvons nous faire manipuler sans comprendre ce qui nous arrive. Nous cherchons une logique qui ressemble à la nôtre, alors que l’autre ne joue pas selon les mêmes règles.

Nous réagissons comme des enfants au lieu de comprendre le jeu

La famille dysfonctionnelle peut aussi nous maintenir dans une position immature. Nous nous positionnons comme des enfants.

Nous réagissons. Nous nous plaçons en victimes. Nous nous insurgeons contre l’injustice. Nous voulons que les faits soient reconnus et que justice soit rendue.

Mais nous ne cherchons pas à comprendre le jeu ni à tourner la situation à notre avantage. Nous ne savons pas encore tirer notre épingle du jeu.

Je me souviens d’un nouveau chef qui venait d’arriver. Il avait fait une grande école d’ingénieurs et souhaitait manifestement m’imposer son autorité. Il glissait dans les conversations des choses que j’étais censée faire, mais je ne supportais pas le micromanagement. J’ai donc intentionnellement ignoré ses demandes qui n’étaient pas claires.

Il a fini par me dire :

« Tu as un problème avec l’autorité. »

Je lui ai répondu :

« Oui, je ne supporte pas les petits chefs. »

C’était vrai. C’était bien senti. Mais c’était un suicide professionnel.

Sans le savoir, je venais de tomber dans son piège.

Je m’étais insurgée. J’avais réagi. Et je lui avais donné exactement ce dont il avait besoin pour confirmer que j’avais un problème avec l’autorité.

J’aurais dû m’y prendre autrement.

La peur de devenir manipulateur nous empêche de nous défendre

J’avais peur de devenir manipulatrice. Je me sentais coupable de défendre ma position en participant à un jeu que j’estimais injuste.

Je pensais que, pour rester fidèle à mes valeurs, je devais continuer à être juste, même avec des personnes qui ne l’étaient pas.

Mais être juste avec des gens qui ne le sont pas ne fait pas de nous des gens parfaits. Cela fait de nous des martyrs.

Apprendre à contre-manipuler ne signifie pas laisser nos valeurs de côté. Nous n’avons pas besoin de vendre notre âme pour apprendre à nous protéger.

Contre-manipuler, ce n’est pas vendre son âme. C’est la protéger.

Il faut arrêter d’être trop gentil au point de tolérer le manque de respect, d’excuser la manipulation et de ne jamais poser de limite. Comprendre l’autre ne nous oblige pas à tout accepter. Pardonner ne nous oblige pas à lui laisser accès. Et défendre notre position ne fait pas de nous des manipulateurs.

Comment être plus fort qu’un manipulateur sans vendre son âme ?

Pour sortir de l’emprise, il faut avancer par étapes.

1. Sortir de la confusion et voir le jeu

La première étape consiste à comprendre que l’on se fait manipuler, à sortir de la confusion et à voir le jeu.

Tant que nous ne le voyons pas, nous nous sentons bêtes. Nous avons l’impression de nous faire avoir en permanence, mais nous ne savons pas pourquoi. Voir le jeu permet de commencer à décoder ce qui se passe réellement : les rapports de pouvoir, les réactions provoquées et la manière dont nos limites sont retournées contre nous.

Mais pour voir le jeu, il faut aussi être connecté à son corps. Notre esprit peut encore chercher des explications, minimiser ou tenter de comprendre l’autre, alors que notre corps a déjà perçu que quelque chose ne va pas.

Une tension, une boule dans le ventre, une respiration qui se bloque, une accélération du rythme cardiaque, une agitation ou une fatigue soudaine peuvent être des signaux de stress. Ils nous indiquent qu’il se passe quelque chose, même si nous ne sommes pas encore capables de l’expliquer.

Lorsque nous avons appris à ignorer nos ressentis pour nous adapter, plaire ou éviter le conflit, nous ne tenons plus compte de ces signaux. Sortir de la confusion demande donc aussi de revenir au corps et d’écouter ce qu’il essaie de nous montrer.

2. Réguler son système nerveux

Voir le jeu ne suffit pas. Il faut ensuite réguler son système nerveux.

Lorsque nous résistons à quelqu’un qui a l’habitude de nous manipuler pour nous contrôler, de la colère et du conflit peuvent émerger. Nous devons alors supporter ce que cela réveille en nous : la culpabilité induite, la frustration, la peur de l’autorité ou la peur du rejet apprises dans la famille dysfonctionnelle.

Je connaissais quelques phrases de contre-manipulation. Elles fonctionnaient parfois parce que les personnes étaient étonnées que je réagisse autrement. Mais je ne gérais pas du tout l’énergie de colère et de conflit qui apparaissait lorsque je résistais.

Connaître une phrase ne suffit donc pas si nous ne pouvons pas supporter ce que sa mise en pratique déclenche en nous et chez l’autre.

3. Apprendre les techniques de manipulation et les déjouer

Il faut enfin apprendre les techniques de manipulation pour pouvoir les reconnaître, les déjouer et les devancer.

Connais ton ennemi. Et devance-le.

Il ne s’agit pas ici de parler uniquement de « pervers narcissiques », mais aussi d’individus habitués à imposer leur point de vue et leur autorité, coûte que coûte.

Quand nous connaissons les règles, la vie peut devenir un jeu. Nous pouvons comprendre ce qui se passe et choisir comment réagir. Lorsque nous ne les connaissons pas, elle devient un fardeau à porter.

Dans le prochain article, je présenterai cinq stratégies courantes de manipulation. Pour chacune, je donnerai un exemple et une manière de la déjouer.

Conclusion : trop bon… toujours utilisé.

Pendant longtemps, j’ai cru que le problème venait de moi. Que j’étais trop naïve, trop sensible, incapable de comprendre les rapports humains. En réalité, je tentais d’évoluer dans un jeu dont j’ignorais les règles, avec une croyance profondément ancrée : si je parvenais à comprendre, pardonner et tolérer toujours davantage, je deviendrais une meilleure personne.

Mais à force de vouloir être bonne, je ne posais aucune limite. Je lui laissais à nouveau accès à moi. Je pardonnais avant même d’avoir compris ce qui s’était passé. Et je finissais par me sentir, une nouvelle fois, bête de m’être fait avoir.

Sortir de l’emprise ne consiste pas à devenir moins honnête ou à abandonner ses valeurs. Cela consiste à arrêter de croire que nos valeurs nous obligent à tolérer l’intolérable.

Voir le jeu. Supporter la culpabilité induite lorsque nous refusons enfin de céder. Apprendre les règles et devancer les stratégies utilisées contre nous.

Alors, la vie cesse peu à peu d’être un fardeau que l’on porte. Elle peut enfin devenir un jeu dont on connaît les règles.

Dans le prochain article, je présenterai cinq stratégies courantes de manipulation. Pour chacune, je donnerai un exemple et une manière de la déjouer.

Contre-manipuler, ce n’est pas vendre son âme. C’est la protéger.

Apprendre à protéger son énergie

Comprendre que l’on se fait manipuler est une première étape. Mais lorsque nous avons appris à éviter le conflit, à porter les émotions des autres et à culpabiliser dès que nous disons non, poser une limite ne suffit pas toujours.

C’est précisément ce que je vous propose de travailler dans la masterclass « Je protège mon énergie » : reconnaître ce qui vous épuise, faire la différence entre ce qui vous appartient et ce qui appartient aux autres, et apprendre à dire non sans vous laisser envahir par la culpabilité.

Lorsque la manipulation s’accompagne de menaces, de harcèlement ou de violence, il est possible de contacter gratuitement et confidentiellement l’Aide aux victimes en Suisse.